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Albert Gerious Tohmeh joue la carte du Moyen-Orient

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Albert Gerious Tohmeh joue la carte du Moyen-Orient
C. Dequidt

Les entreprises libanaises savent aborder les marchés riches, solvables et en plein développement du Moyen-Orient en dépit de conditions internes difficiles. Témoignage de la société de trading Albert Gerious Tohmeh.

Commerçants par nature, les Libanais continuent leur croissance sur les marchés internationaux, en dépit de la guerre civile et d’une récession économique profonde. Sur une surface de 10 452 km2, un peu plus grande que la Corse, vivent 6,8 millions d’habitants qu’il faut nourrir. Les terres fertiles de la vallée de la Bekaa permettent la culture des céréales, des fruits et des légumes.

Une activité de production à façon

Albert Gerious Tohmeh y a créé en 1989 une entreprise éponyme de production de fruits et légumes. « Nous pourrions être en autonomie alimentaire complète sans les 2 millions de Syriens et le million de Palestiniens qui sont pour nous des migrants. » La pomme de terre comme le blé sont considérés comme les éléments de base de l’alimentation. Le Liban consomme chaque jour plus de 1 000 tonnes de pommes de terre. Dans les assiettes locales, le tubercule a la même place que le riz en Asie. « Dans la plaine de la Bekaa, mon père a arrêté les betteraves sucrières pour la pomme de terre, nous poursuivons de même », précise le dirigeant. Pour le blé, l’importation est indispensable à la stabilité politique et sociale. Et la bataille fait rage sur ce marché entre Européens et Russes (lire l’encadré).

Comme de nombreuses entreprises agro­alimentaires, la société Albert Gerious Tohmeh for trading, avec sa marque Al-Nakhil Al-Atyab, est à la fois exportatrice et importatrice. « À la suite de mon père, j’ai poursuivi les cultures des champs. Nous louons 650 hectares que nous faisons travailler à façon. » Durant une grande partie de l’année, plus de cent ouvriers, des Syriens embauchés quotidiennement et payés à la tâche à 1 €/heure, travaillent pour l’entreprise. « Cela nous permet d’approvisionner les marchés locaux mais aussi d’exporter la meilleure qualité vers le Moyen-Orient. Sur notre territoire, nous devons faire face également à des importations de légumes et de fruits en provenance de Chine et d’Inde à des prix moins chers. Heureusement, avec la hausse du pétrole, nous avons plus de chance », réagit Albert Gerious Tohmeh.

Du négoce sur trois grands marchés

Voisine de l’Égypte, l’entreprise y trouve aussi des hectares de production. « Je fournis les plans achetés en Europe et l’un de mes courtiers se débrouille pour produire et me fournir les produits finis, qui seront ensuite exportés à ma marque ou serviront en complément pour nos marchés locaux entre janvier en mars. La prochaine saison, nous allons commencer à produire à Chypre. J’adorerai, à terme, faire cela avec les Français. »

La position stratégique du Liban a amené Albert Gerious Tohmeh a diversifié son activité avec le négoce. Il développe trois grands marchés : la pomme de terre, les oignons et l’ail. « À cause de la crise économique et des risques physiques, je me suis expatrié à Larnaca, à Chypre, où j’ai créé une société qui gère le commerce international. Nous en avons aussi créé une troisième à Dubaï, ce qui nous facilite l’accès au marché du Golfe. »

Générer des contacts avec la France

L’Europe a toujours été la source de la génétique utilisée dans les légumes. Pour l’instant, il s’approvisionne à 90 % aux Pays-Bas. « Nous allons régulièrement dans le Benelux ainsi qu’en France, car nous souhaitons trouver une variété qui puisse répondre à la fois au marché de la consommation et de l’industrie, que nous pourrions développer ensuite à notre nom », sourit Albert Gerious Tohmeh, sûr de son fait. Développer de nouvelles activités avec la France fait partie de sa stratégie. « Mon fils Elio John, qui me succédera, suit actuellement un cycle d’ingénieur à l’Institut supérieur d’agriculture de Lille pour apprendre, mais surtout générer des contacts. »

L’entreprise réfléchit à d’autres marchés complémentaires et pourquoi pas demain des céréales. « Nous connaissons bien les acheteurs de matières premières des principaux pays importateurs du Golfe, à nous de leur proposer des marchandises garanties en qualité. À cet effet, nous sommes certifiés Global Gap », précise Albert Gerious Tohmeh. « L’avenir passe par la diversification des produits et des origines. Nous voulons absolument nous développer dans un futur proche. »

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Dans la plaine fertile de la Bekaa, l’entreprise Albert Gerious Tohmeh cultive 650 hectares à façon. La main-d’œuvre syrienne travaille pour 1 euro de l’heure., C. Dequidt © C. Dequidt
Albert Gerious Tohmeh et son fils Elio John qui va lui succéder. Il suit actuellement un cycle d’ingénieur à l’Isa de Lille pour apprendre, mais surtout générer des contacts., C. Dequidt © C. Dequidt
L’entreprise de production de fruits et légumes Albert Gerious Tohmeh est présente dans les principales manifestations en Europe et dans les pays du Golfe., C. Dequidt © C. Dequidt
Fiche d’identité

Albert Gerious Tohmeh à Zahlé (Liban)

CA consolidé : 20 M€

Productions : pommes de terre, oignons, ail, raisins, poires, fraises, prunes, citrons et oranges en fruits

Négoce international de pommes de terre (10 000 t/an de plants, 35 000 t/an en consommation), oignons et ail

Effectif : 10 salariés, 100 travailleurs journaliers

Filiales à Chypre, Dubaï et en Égypte

Rude combat sur l’export de céréales vers le Liban
Photos : C. Dequidt, © Photos : C. Dequidt

Le 4 août 2020, la double explosion dramatique du port de Beyrouth, où se trouvait le grenier à céréales d’un pays dépendant à plus de 80 % des importations pour son alimentation de base, a mis en lumière l’enjeu primordial pour ce petit pays du commerce international.

Face à cet évènement dramatique, la France a été le premier pays à réagir et à proposer à la communauté internationale et à l’Union européenne d’aider le Liban, pays à tradition très francophone où on y parle le français. Derrière cette action se joue une autre partie pour les céréaliers français et européens : maintenir leur place en Méditerranée face à la Russie. La France et l’UE y ont perdu leur leadership d’exportateur de blé vers le Liban, au profit des Russes. Ces derniers couvrent aujourd’hui 50 % des volumes, alors qu’ils n’exportaient rien du tout au début des années quatre-vingt-dix vers le Liban. Qu’en sera-t-il après le conflit Ukrainien ?

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