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Garlan, basque et fier de l’être

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Les relations avec les 900 agriculteurs clients sont faites de confiance et de fierté de travailler ensemble, se félicite le directeur général de la coopérative Garlan, Andrés Garcia Segura. © C. DEQUIDT

Au Pays basque espagnol, la coopérative Garlan, leader pour les productions végétales, cultive son jardin et le protège grâce à sa culture.

Au cœur du Pays basque espagnol, dans les terres fertiles de la province d’Alava, la coopérative Garlan de 2nd degré est née en 1986 de la fusion de huit coops de 1er degré. « L’entrée dans l’Union européenne a été le déclencheur de la création de l’entreprise. Forts de notre identité basque, nous travaillons avec l’ensemble des agriculteurs de la région, dont plus de 80 % sont fidèles à 100 % », se félicite le directeur général Andrés Garcia Segura, fils et frère d’agriculteurs. La fertilité des sols et le climat favorable permettent des performances de très bon niveau en blé, orge, avoine, et aussi en colza, tournesol, pommes de terre, pour la transformation industrielle locale, espagnole et française, complétés par des haricots, pois chiches et lentilles.

Création de deux marques

Dans un terroir traditionnellement favorable à la production des légumineuses, Garlan a su préserver ses cultures spécifiques, porteuses d’avenir et de richesse pour ses adhérents dans un monde à la recherche de protéines végétales. « Nous sommes fiers de perpétuer les traditions culinaires de notre culture basque, précise Andrés. Nos produits, comme les pochas, ces haricots blancs ou rouges, servent à confectionner des plats à base de gibier, jarret de porc, queue d’agneau, d’anguilles ou de poisson. » Garlan parraine ainsi le concours de recettes gastronomiques du journal El Correo qui regroupe les meilleurs chefs du Pays basque espagnol. Des contrats sont proposés aux agriculteurs qui doivent livrer 100 % de leur production. Chaque année, 4 000 t sont travaillées et distribuées à 70 % localement sur les marchés et dans la restauration. Deux marques ont été créées : Eusko Label, une AOC avec une traçabilité totale, qui est considérée comme un produit de luxe, et Euskal Baserri, une IGP. Le différentiel de prix est sensiblement de 30 % sur la vente au détail. « Nous ne développons aucune production bio. Il n’y a pas le marché pour cela. L’ensemble de nos produits est zéro résidu », précise Andrés.

Une activité semences lucrative

L’activité collecte-appro, majoritaire en chiffre d’affaires, ne l’est pas en marge. Garlan est le premier collecteur de la région avec près de 80 % du marché, la partie semences y est importante et lucrative, avec notamment une des plus grandes stations de semences d’Espagne. « Le climat et notre savoir-faire nous ont permis de devenir la première entreprise multiplicatrice de semences d’avoine d’Espagne avec plus de 3 000 t par an », remarque fièrement Andrés.

Tout est transparent. « Nous ne comprenons pas ce débat très français sur la séparation du conseil et de la vente des phytos. Ici, pas d’ambiguïté, nos huit techniciens agissent gratuitement, toujours dans l’intérêt de l’agriculteur. Le prix du service est inclus dans la vente des intrants. » Les 600 adhérents à 100 % des coops de 1er degré bénéficient d’une prime sous la forme de ristournes liées aux résultats, pas les autres.

La pomme de terre est elle aussi très présente avec un volume de 500 000 t traitées. « Contrairement aux autres activités, nous agissons en qualité de négoce. Les agriculteurs ne sont pas obligés de nous apporter 100 % de leur production », précise Andrés. La coop propose des contrats et fournit les industriels locaux. Elle est ainsi le 1re fournisseur de Frito Lay depuis des années. La pérennité des adhérents passe par une bonne santé économique.

Des offres de services liés à l’assurance et au crédit

« De ce côté des Pyrénées, le réchauffement climatique peut créer des surprises, notamment de la sécheresse. Le conseil d’administration a souhaité offrir des services liés à l’assurance et au crédit. » Pour les adhérents à 100 %, Garlan se comporte comme un agent d’assurances et propose systématiquement une assurance récolte qu’elle subventionne en partie par des remises de fin de campagne sur les résultats de cette activité. Elle a établi un partenariat fort avec Mapfre Agropecuaria, compagnie d’assurance nationale, leader dans le domaine en Espagne. D’autres services d’assurances sur le reste des risques sont eux aussi vendus.

Le service crédit de Garlan est unique en Espagne. Fort de la confiance de ses membres, la coopérative propose des placements à court terme qui sont mieux rémunérés que le marché, mais uniquement à ses adhérents à 100 %. « Nos membres préfèrent nous confier leur argent plutôt qu’aux banques. Nous avons plus de 6 M€ de dépôt de trésorerie en ce moment, sourit Andrés. Nous essayons de les rémunérer au mieux. En ce moment avec les marchés financiers difficiles, la rémunération de cette épargne est proche de 0 %, ce qui n’empêche pas les agriculteurs de nous confier leur trésorerie. » Des fonds que les dirigeants de Garlan utilisent aussi pour aider au financement de certains adhérents nécessiteux. Cela s’appelle « Eskartasun », une valeur forte, que l’on pourrait traduire par solidarité.

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Fiche d’identité

Garlan à Ilarratza (Espagne)

84 M€ de CA, 44 salariés

900 agriculteurs clients, dont 600 adhérents à 100 % des 8 coops de 1er degré

300 000 t de collecte de céréales, oléoprotéagineux, légumineuses

50 000 t de négoce de pommes de terre

250 000 t de capacité de stockage

Production de malt (membre d’Intermalta)

Deux marques ont été créées avec une forte identité basque pour deux publics différents, l’une AOP plus de luxe (Eusko Label), l’autre IGP (Euskal Baserri), avec 30 % d’écart de prix., C. DEQUIDT © C. DEQUIDT
Garlan est le leader de la multiplication et de la vente de semences d’avoine en Espagne avec 3 000 t par an., C. DEQUIDT © C. DEQUIDT
La gouvernance d’une coopérative de second degré en toute simplicité
Photos : C. DEQUIDT, © Photos : C. DEQUIDT

Garlan est l’exemple typique d’une coopération très différente du modèle français. Le maillage est né en Espagne comme chez nous à travers de petites coops locales, sortes de Cuma où l’on vendait des intrants. Les Espagnols, comme les Allemands, ont décidé de garder ces structures de proximité qui se sont rassemblées pour créer d’autres coopératives, appelées de 2nd degré, qui leur achètent les intrants, assument la collecte, développent la transformation des produits. Celles de 1er degré restent totalement indépendantes avec leur conseil d’administration, leur gouvernance, leur chiffre d’affaires et leurs salariés.

La gouvernance des coopératives de 2nd degré est simple. Le conseil d’administration est composé d’un représentant d’adhérents, élu au sein des coops de 1er degré, auquel s’ajoute un représentant d’agriculteurs travaillant directement avec la coopérative de 2nd degré (300 chez Garlan), donc n’étant pas apporteur à 100 % de leur activité.

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