La filière blé dur cherche toujours un second souffle
Alors que la sole s’annonce encore en retrait, les acteurs de la filière, réunis à la Rochelle vendredi 6 février, espèrent voir les pouvoirs publics tenir leurs engagements financiers en faveur du blé dur français.
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Dans une salle bien remplie face à l’Atlantique, Arvalis organisait, vendredi 6 février, sa journée dédiée à la filière blé dur à la Rochelle (Charente-Maritime) avec un message de mobilisation. Un message porté par le comité de pilotage de la filière blé dur qui réunit les acteurs de la production jusqu’à la transformation. « C’est important aujourd’hui d’avoir une interprofession très forte », expliquait en préambule Frédéric Gond, président de ce comité. « Et c’est très important de parler d’une même voix si nous voulons être écoutés. »
Car la filière fait toujours face à une multitude de défis. Baisse des surfaces et de la production, difficultés techniques ou d’accès aux intrants, commercialisation… Autant de sujets qui sont au cœur du Plan de souveraineté blé dur lancé en 2024. Un plan qui a pourtant déjà pris du plomb dans l’aile. « L’enveloppe totale était de 43 M€ avec un engagement signé par Marc Fesneau de 11 M€ », relate Frédéric Gond. Mais les contraintes budgétaires sont passées par là et l’enveloppe devrait être largement revue à la baisse. « En recalculant, nous sommes sur un montant global aujourd’hui de 28 M€ », constate-t-il. La participation de l’État serait ainsi ramenée à 7,6 M€ dont 2,3 sont garantis à ce jour.
Le plan de souveraineté sur les rails malgré tout
Si les financements sont encore incertains, deux volets du plan ont déjà été lancés. « Le premier, sur la sécurisation, a démarré, précise Matthieu Killmayer, animateur de la filière chez Arvalis. Les travaux sont en cours et les résultats de l’étude sont attendus à la fin de l’année. » Pour rappel, il s’agit de développer un mécanisme assurantiel et de renforcer la contractualisation dans la filière. Un projet vers lequel FranceAgriMer a déjà engagé 100 000 €. L’autre chantier, celui de la décarbonation et dénommé Blé CarDur, est lui déjà mis en place sur le terrain. « Nous avons eu l’acceptation en décembre 2025, fait savoir Matthieu Killmayer. C’est démarré et ça va durer quatre ans. »
Reste donc le troisième pan du plan de souveraineté, focalisé sur la recherche génétique. Baptisé DuraSel, il pourrait être officialisé au Salon de l’agriculture. Benoît Piétrement, président d’Intercéréales, insiste sur l’importance de valider un appui public. « Nous avons besoin du soutien de l’État, notamment pour relancer sur la recherche génétique et avoir des variétés qui soient de plus en plus performantes et qui correspondent bien aux attentes des acheteurs et des consommateurs derrière. » C’est sur cette partie que les semenciers engagés seront notamment impliqués.
« Donner de l’élan »
Sur le soutien de l’État, Frédéric Gond en remet une couche. « Le pourquoi des moyens demandés à l’État, c’est que le blé dur est une petite filière, notamment en termes de recherche et de développement, justifie-t-il. Si nous voulons pouvoir pousser les choses dans le bon sens, il faut un peu d’accompagnement pour donner de l’élan. »
Un élan nécessaire alors que les surfaces restent orientées à la baisse depuis plusieurs campagnes. Pour cette année, la sole française devrait encore céder 2 % d’après les estimations d’Arvalis, à 216 000 hectares. Un recul qui touche particulièrement le bassin de production du Centre qui perd 8 %, quand le bassin du Sud-Ouest en gagne 5. Une tendance baissière que Matthieu Killmayer explique par plusieurs facteurs, pas seulement économiques. « Il a beau y avoir eu des années où le différentiel de prix entre le blé dur et le blé tendre était quasiment de 150 €/t, les surfaces diminuaient quand même », relate-t-il.
Les pistes d’explications se trouvent selon lui ailleurs. « Aujourd’hui, la prise de risque ressentie devient prégnante sur la décision du producteur. Trop de risque sur le désherbage, sur la trésorerie qu’il faut sortir pour l’azote ou les phytos, sur la qualité… », énumère-t-il. Avec une visibilité toute relative sur la rémunération alors qu’aucun contrat à terme n’existe et accentue ce ressenti de risque. « Pourtant, quand nous faisons les calculs dans différents bassins de production, notamment sur les coûts de production, le blé dur est une espèce intéressante par rapport aux autres cultures disponibles. »
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