Login

Inquiétudes pour la qualité de la récolte 2026

La filière craint que certains agriculteurs fassent des impasses sur les derniers apports d'azote en blé.

À l’issue du conseil spécialisé Grandes cultures du 11 mars, FranceAgriMer a exprimé ses préoccupations face à la hausse généralisée des cours des engrais et des carburants, craignant pour les travaux des semaines à venir et pour la qualité des blés de la prochaine récolte.

Vous devez vous inscrire pour consulter librement tous les articles.

« Nous n’avions vraiment pas besoin de charges supplémentaires. » Benoît Piétrement, président du conseil spécialisé Grandes cultures de FranceAgriMer, a analysé, en préambule de la conférence de presse du mercredi 11 mars, les hausses brutales des énergies et des engrais depuis le début de la guerre en Iran. Dans un marché déjà tendu pour la filière, le céréalier se montre inquiet. « Ce qui se passe dans les stations-service, nous le voyons un peu aussi chez les agriculteurs. Ils craignent à la fois la pénurie et la hausse des prix. »

Au-delà de l’approvisionnement, le vrai risque reste la flambée du prix du GNR (gazole non routier) qui surfe sur celui du pétrole sur le marché mondial. « D’après nos données, le prix a été multiplié par deux en une dizaine de jours », souffle-t-il. Et pour Benoît Piétrement, ce phénomène devrait durer. « Vu la situation et ce qui se passe au Moyen-Orient, le baril [de pétrole] ne va pas redescendre à des prix très bas, il va falloir faire avec. »

« On compte tous les unités d’azote »

La hausse du prix des engrais a elle aussi beaucoup animé les discussions de ce conseil spécialisé, relate Benoît Piétrement. « La couverture pour la récolte 2026 n’est pas tout à fait finie, alerte-t-il. Les unités d’azote pour les 3e et 4e apports qui sont nécessaires pour l’aspect qualitatif ne vont pas être supprimées, mais elles risquent d’être diminuées. »

De là à pénaliser la récolte prochaine ? Celui qui préside aussi la coopérative Novagrain n’écarte plus cette possibilité. « Mon inquiétude, c’est qu’on se retrouve avec des qualités, des protéines qui soient dégradées. Ce serait vraiment dommage parce que, derrière, c’est l’ensemble de nos marchés intérieurs et à l’export qui en pâtiraient, complète-t-il. On compte tous les unités d’azote et c’est un peu terrible d’en arriver là. »

« Les stocks constitués en prévision du MACF sont presque épuisés »

Cette inquiétude ne touche pas que la France, selon Jean Jacquez, chargé d’études économiques à FranceAgriMer. « Certains agriculteurs en UE pourraient faire l’impasse sur des épandages du fait de leur faible trésorerie. C’est ce que pressent l’analyste UkrAgroConsult pour la Pologne ou la Bulgarie, par exemple. » Une préoccupation partagée dans d’autres grands pays agricoles, comme les États-Unis.

La question des stocks reste aussi à surveiller sur le marché unique. « Les opérateurs ont stocké à partir de l’automne. Il va falloir suivre l’évolution sur mars et avril. Pour le moment, on peut surtout parler de contrecoup du MACF pour ces faibles importations en janvier et février. »

Le syndicat des coopératives et producteurs européens Copa-Cogeca est, lui, d’ores et déjà préoccupé. D’après ses estimations, diffusées sur le réseau LinkedIn, du retard a déjà été pris. « En novembre-décembre derniers, nous avons importé 3 773 065 ​​tonnes, soit 1 783 454 tonnes de plus que la moyenne triennale, en prévision du mécanisme MACF à venir. Mais en janvier-février 2026, nous avons déjà importé 1 690 005 tonnes de moins que l’année précédente, ce qui signifie que les stocks constitués en prévision du MACF sont presque épuisés », alerte-t-il. La demande de retrait du MACF a par ailleurs de nouveau été faite par l’organisation.

A découvrir également

Voir la version complète
Gérer mon consentement