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Brésil et Inde « champions » de la dépendance aux engrais du détroit d’Ormuz

La perturbation de l'approvisionnement en engrais venus du golfe Persique fait courir un risque à plusieurs grands pays agricoles.

L’Europe et les États-Unis ne sont pas les plus touchés vis-à-vis de l’approvisionnement en engrais en provenance du golfe Persique. Selon une étude de l’université du Dakota du Nord, l’Inde et le Brésil sont dans une position davantage critique.

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La guerre en Iran déclenchée le 28 février a exposé au grand jour la dépendance des différents pays du monde au trafic maritime sur le détroit d’Ormuz. Mais si la flambée des prix qui en découle touche tout le monde, tous ne sont pas logés à la même enseigne quand il s’agit de l’approvisionnement en engrais. Shawn Arita, Rwit Chakravorty, Jiyeon Kim, Wuit Yi Lwin, et Sandro Steinbach, de l’université d’État du Dakota du Nord, aux États-Unis, se sont penchés, dans un rapport publié en mars, sur les différents degrés de dépendance des pays aux produits transitant par le détroit d’Ormuz.

Urée : 2 % de dépendance pour l’Europe

Dans ce classement peu glorieux, le Brésil et l’Australie sont en tête concernant l’urée. « Le Brésil et l’Australie présentent la plus forte dépendance globale à l’égard de l’urée en pourcentage, éclairent les auteurs qui ont pris l’année 2024 comme référence. Au cours de la même période, le Brésil s’est approvisionné à environ 40 % en urée auprès des pays du Golfe, tandis que l’Australie s’est approvisionnée à environ 68 %. »

À titre de comparaison, les États-Unis ont absorbé 17 % de leur consommation d’urée avec des marchandises venant du Golfe quand l’Europe est seulement à 2 %.

Ammoniac : l’Inde surexposée

La consommation de l’Inde en urée n’est dépendante des exportations du golfe Persique qu’à hauteur de 9 %, mais sur l’ammoniac, son exposition atteint 81 % alors qu’elle est quasiment nulle pour les autres pays. Autre problème pour l’Inde, le volume d’engrais importé de cette source est le plus élevé de tous les pays étudiés avec pas moins de 10 Mt.

Concernant l’engrais phosphaté, l’Europe est à nouveau celle qui s’en sort le mieux selon les chercheurs, avec aucune exposition au détroit d’Ormuz pour son approvisionnement. En revanche, d’autres puissances agricoles sont à risque. « Environ 20 % de la consommation américaine provient du Golfe, l’Arabie saoudite fournissant plus de la moitié des importations américaines de phosphate d’ammonium ces dernières années, souligne le rapport. Avec les droits compensateurs sur le phosphate marocain et russe pouvant atteindre 47 % (imposés en 2021) et les exportations chinoises suspendues, le risque de concentration sur l’approvisionnement saoudien est aigu », jugent les auteurs.

Les effets collatéraux du soufre

Si l’Europe est relativement épargnée au niveau de l’approvisionnement direct, une autre matière première pourrait gripper la machine. « Au-delà de la perturbation directe des exportations d’urée, d’ammoniac et de phosphate, il existe également un risque d’effets indirects via le soufre. L’acide sulfurique étant l’intrant essentiel à la production de tous les engrais phosphatés », rappelle l’étude.

Selon ses auteurs, la Chine est très vulnérable sur ce point. « La Chine est le premier importateur mondial de soufre, dont 46 % proviennent du Moyen-Orient », expliquent-ils. « Sans le soufre du Golfe, la production chinoise de phosphate est compromise, renforçant la suspension des exportations déjà en vigueur à Pékin jusqu’en août 2026. » Le Maroc, qui selon l’étude s’approvisionne à hauteur de 3,7 Mt de soufre passant par le détroit d’Ormuz, est aussi le premier exportateur mondial d’engrais phosphatés, ce qui pourrait exposer l’Europe. Un total de 14,6 Mt de soufre passe par le détroit d’Ormuz chaque année, rappellent les auteurs.

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