Le HCCA prédit un nouveau mouvement de fusions
Fragilisées par la baisse des cours, le recul des volumes et les charges élevées, les coopératives des métiers du grain voient leur rentabilité s’éroder en 2024 et cherchent à préserver leur compétitivité. De nouveaux rapprochements sont à prévoir.
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L’observatoire économique et financier du Haut conseil de la coopération agricole (HCCA) a passé au crible les données comptables 2024 des coopératives de la filière grains et livré ses conclusions, vendredi 6 février, à Paris. Sans surprise, les performances financières, qui intègrent partiellement les effets néfastes de la campagne 2024-2025, sont « en retrait par rapport aux moyennes historiques », informe Antoine Hacard, président de La Coopération agricole Métiers du grain.
Une rentabilité opérationnelle qui s’effrite
Face à la conjoncture économique difficile, l’exercice 2024 confirme le léger repli de la rentabilité opérationnelle. La marge d’Ebitda s’établit à 3,17 % (contre 3,27 % en 2023), résultat de la baisse des cours et des coûts élevés. « Cela montre que la création de valeur dépend de la maîtrise des charges, du pilotage des risques et de l’efficience industrielle et logistique », analyse François Macé, président de la section économique et financière du HCCA. Les petites structures (CA < 100 M€), qui ont le plus de difficulté à optimiser leurs coûts, sont les plus fragilisées.
Depuis plusieurs années, l’Ebitda se maintient autour de 3,33 %, « ce qui reste extrêmement faible », souligne François Macé. « Nous ne pouvons pas continuer avec ces niveaux de marge. C’est une incitation à concentrer les moyens, à se restructurer et évoluer vers une massification des volumes traités pour améliorer l’efficience opérationnelle. Cela conduira à prendre des décisions difficiles mais nécessaires. »
« Poursuivre les efforts d’investissement »
De plus, le ratio résultat net/CA qui passe de + 0,14 % (2023) à -0,34 % montre une dégradation de la rentabilité finale, limitant les capacités d’investissement, pourtant indispensables au maintien de la performance des outils. « 2024 marque un point bas qui traduit l’épuisement de l’effet volume et l’insuffisante absorption des coûts fixes et financiers », observe François Macé. Les coopératives de taille intermédiaire (100-500 M€) confirment leur relative robustesse en matière de rentabilité nette, tandis que les grandes coopératives (CA > 500 M€) voient leur rentabilité se détériorer (-0,49 %), sous l’effet d’un recul des marges opérationnelles, d’un niveau d’investissement élevé et du poids des charges financières dans un contexte de taux d’intérêt élevé.
En outre, la progression du levier financier (3,50 à 5,12) montre un recours croissant à l’endettement. La capacité d’autofinancement nette, quant à elle, se contracte (-0,64 point), y compris chez les coopératives intermédiaires qui avaient réussi à la stabiliser en 2023. Et si l’autonomie financière reste fragile, elle est globalement stable en 2024.
Enfin, l’analyse montre une progression du Roce (rentabilité des capitaux employés). Soutenu par les grandes coopératives, il est passé de 2,75 % en 2019 à 4,44 % en 2024, traduisant « un effort continu d’optimisation des outils industriels et logistiques ». « Il faut poursuivre les efforts d’investissement car ce sont eux qui permettent de garantir une certaine performance », insiste François Macé.
« Construire des leaders régionaux »
Pour ce dernier, cette période de tension est l’occasion de repenser le modèle. « Le système coopératif a toujours trouvé des solutions. Les fusions, les rapprochements sont des sources d’économie d’échelle. La conjoncture récente et l’environnement géopolitique vont pousser le secteur à rationaliser les outils de collecte. Les économies d’échelle, les gains de charge de productivité montrent rapidement leur efficience. Il faut poursuivre et accélérer le mouvement. »
Les opérations annoncées ces derniers mois, comme les fusions effectives entre Saint-Agnant, Beurlay et Oléron, Océalia et Scar, celles en projet entre Terres du Sud et Vivadour, Euralis et Maïsadour, ou les rapprochements en cours entre Terrena et Agrial, ou Dijon céréales et Bourgogne du Sud, sont, selon lui, « des décisions judicieuses ». « Cela permet d’écraser les coûts de structure, d’investir dans le rajeunissement des outils, d’être compétitif sur la scène internationale et de peser dans les négociations », estime-t-il.
Et cette dynamique devrait se maintenir. « Nous avons intérêt à construire de véritables leaders régionaux. Les coopératives sont aujourd’hui en train de restructurer leur outil et, avec la conjoncture économique, il est probable qu’il y ait un nouveau mouvement de fusions dans les mois et années à venir », conclut Antoine Hacard.
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