Au cours de ces dernières années, les cartes ont largement été rebattues dans le secteur des EPI. L’avis de la DGAL de 2016 a établi de nouvelles préconisations beaucoup plus précises sur le port des EPI en fonction du produit et de la situation, et de nouvelles normes ont amené au développement d’équipements de nouvelle génération. « La France est sûrement le pays le plus en avance sur ce sujet, il y a une dynamique qui n’existe pas dans d’autres pays », s’enthousiasme Julien Durand-Réville, responsable santé de l’UIPP. Fin 2017, l’UIPP a lancé un guide d’étiquetage volontaire pour l’homogénéisation des étiquettes des produits phytosanitaires et créé un tableau synthétique, à faire figurer sur les étiquettes des produits, permettant à l’utilisateur d’identifier facilement les EPI à utiliser en fonction du produit et de la situation (voir p. 19 l’exemple pour un fongicide céréales). Fin 2019, ces tableaux figuraient sur 90 % des produits phytos.

Trois EPI clés

Mais la problématique majeure reste le port de ces équipements. En effet, selon notre baromètre Agrodistribution-ADquation, la plupart sont encore trop peu portés. « Le plus important, c’est d’arriver à ce que les agriculteurs portent systématiquement les trois éléments clés qui sont les gants, l’écran facial, ainsi que la combinaison de protection chimique ou l’EPI vestimentaire associé à l’EPI partiel », affirme Julien Durand-Réville. Les gants de protection chimique s’avèrent toujours portés par 77 % des agriculteurs interrogés, les lunettes ou l’écran facial par seulement 36 %. Pour le port de la combinaison chimique ou de l’association d’EPI vestimentaire et partiel, indispensables pour les phases de mélange-chargement et de nettoyage, 36 % des agriculteurs sondés utilisent toujours l’un ou l’autre de ces équipements. « Ces chiffres sont assez proches de ceux avancés par le Contrat de solutions », déclare Clotilde Bois-Marchand, chargée des dossiers agroenvironnement à la FNSEA. Les gants de protection chimiques seraient portés par 85 % des agriculteurs, l’écran facial ou les lunettes par 40 % et la combinaison de protection chimique ou l’ensemble d’EPI par environ 20 %.

Concernant les autres EPI, 55 % de nos sondés déclarent toujours porter la protection respiratoire, « la préconisation de son utilisation n’est cependant pas systématique », note Julien Durand-Réville. Et pour les bottes certifiées, ils sont seulement 22 % à toujours en mettre. « Les bottes sont la préconisation par défaut, que ce soit des bottes standards ou même des chaussures couvrantes. Les bottes normées sont surtout recommandées pour les traitements spécifiques, comme les traitements vers le bas ou sous serre », ajoute-t-il.

Une campagne de sensibilisation

Les EPI étant « le dernier levier de prévention visant la réduction des expositions », ils font l’objet de la fiche 18 du Contrat de solutions. Elle met en avant des objectifs de taux de port des EPI : plus de 95 % en 2025 pour les gants de protection chimique, 60 % en 2025 et 80 % en 2030 pour l’écran facial ou les lunettes et, enfin, 50 % en 2025 et 70 % en 2030 pour la combinaison chimique ou l’association d’EPI vestimentaire et partiel. C’est dans ce cadre qu’a été lancée, lors du SIA 2020, une campagne nationale de sensibilisation, cofinancée dans le cadre d’Ecophyto, à destination des agriculteurs, futurs agriculteurs et des conseillers terrain. « L’objectif est de faire évoluer les comportements pour réduire les risques et les impacts liés à l’utilisation des produits phytosanitaires, analyse Julien Durand-Réville. Avec cette campagne, on a créé un langage commun entre tous les partenaires pour qu’ils communiquent tous de la même façon auprès des utilisateurs. » Ce plan de communication d’un an s’articule autour d’un site internet, epiphyto.fr, d’une websérie « Epi c’est tout » sous forme de courts tutoriels, d’annonces dans la presse, d’un 4 pages techniques distribué aux agriculteurs par les partenaires du Contrat de solutions, dont la distribution agricole, et d’affiches destinées aux conseillers.

« Nous n’avons pas d’obligation de résultat à l’issue de cette campagne, précise Clotilde Bois-Marchand. Il faut avant tout que les utilisateurs s’approprient ces équipements, ce qui est notamment compliqué pour les EPI vestimentaires. » « Le challenge est déjà de faire prendre conscience aux agriculteurs qu’il y a une nouvelle génération d’équipements, ajoute Julien Durand-Réville. Je pense que les évolutions seront plus marquées parmi les jeunes mais aussi les femmes, qui sont les gagnantes en termes de prévention. »

Des freins à lever

« Mais nous avons tout le poids des idées reçues sur les EPI, déplore-t-il. L’objectif de cette campagne est de les casser et de lever les freins à leur utilisation. » Ces freins sont le coût, l’inconfort ou encore l’image du « cosmonaute ». Et pour lui, il faut « tirer profit de cette nouvelle donne que sont ces EPI de nouvelle génération », ces derniers étant notamment conçus pour être plus faciles à porter et confortables. Mais pour cela, la multiplication des tests sur le terrain pour que les agriculteurs se les approprient est indispensable. « Ceux qui les testent sont séduits et ne reviendront pas en arrière. »