Dans la foulée de la publication du rapport d’information parlementaire sur le système coopératif agricole, Alessandra Kirsch, directrice des études à Agriculture Stratégies, et Xavier Hollandts, professeur à Kedge BS et spécialiste de la gouvernance des coopératives agricoles, ont entrepris de dresser une analyse commune du malaise de certains adhérents de coopératives qu’ils estiment être à l’origine de ce rapport produit par une mission de onze députés.

Ce travail collaboratif vient d’être publié sur le site d’Agriculture Stratégies en trois volets, le premier sur les bases de la gouvernance dont la rémunération des coopérateurs, le deuxième sur les facteurs internes à la coopérative qui vont impacter la gouvernance et les relations dirigeants-coopérateurs, et la dernière partie sur l’impact des facteurs externes et les solutions et efforts à poursuivre pour atteindre une gouvernance équilibrée.

© Xavier Hollandts, professeur à Kedge BS et spécialiste de la gouvernance des coopératives agricoles.

La rémunération peut être source de conflit

« Certains adhérents ont le sentiment de ne pas être entendus, ni de pouvoir participer aux décisions, donc de subir et d’être alors moins bien traités que dans le privé », souligne Alessandra Kirsch, rencontrée lors du Salon de l’agriculture, tout en se questionnant sur « ce qui fait qu’une coopérative donne l’impression de ne pas placer les intérêts de ses adhérents en priorité ».

Les deux analystes ont été alors chercher la réponse dans le processus qui entoure la rémunération des agriculteurs coopérateurs. « Classiquement, l’arbitrage entre rémunération directe et investissements peut être à l’origine de conflits, relatent-ils dans leur analyse. Les adhérents doivent alors clairement comprendre comment et pourquoi ils sont rémunérés et à quelle hauteur. »

Le malaise des adhérents s’exprime en effet souvent lorsque la rémunération n’est pas au rendez-vous. « Ils estiment alors que la responsabilité revient à une mauvaise gestion des dirigeants de la coopérative, ou que l’argent des coopérateurs est parti vers les filiales. »

Mais à cela, il faut reconnaître qu’une coopérative, à la différence d’un privé, « s’engage à collecter tout le monde. Cependant, la réalité de l’entreprise est basée sur l’économie. Or, si elle récupère des producteurs restés sur le carreau, comme avec Danone, ce nouveau flux peut grever ses résultats. Toutefois, si elle ne le fait pas, qui le fera ? », ajoute Alessandra Kirsch.

Les assemblées doivent permettre l’échange

Un élément essentiel est alors pointé, qui rejoint les conclusions de la mission parlementaire : la qualité de l’information transmise aux adhérents. « Est-ce que la coopérative transmet suffisamment d’information aux adhérents pour qu’ils puissent comprendre les décisions ? », interroge Alessandra Kirsch en soulignant que cette responsabilité de la circulation de l’information est cependant partagée entre les deux parties car des efforts sont à réaliser des deux côtés.

Ce dernier constat a été reconnu également par la mission parlementaire. Et de son côté, La Coopération agricole a d’ailleurs un chantier en cours sur cette question en travaillant à l’amélioration de la participation aux assemblées de section ou générales qui est un vecteur de meilleure information des adhérents.

Sur ce dernier point, Alessandra Kirsch appelle toutefois à la vigilance car « il faut que les assemblées permettent l’échange et soient ouvertes à l’expression de chacun. Cela peut demander un travail énorme aux organisateurs de ces réunions, mais c’est essentiel. » C’est pourquoi les deux analystes n’abondent pas la proposition de la mission parlementaire sur la consultation électronique, avancée comme une solution palliative, car les débats en présentiel sont à préserver.

Engager une dynamique de progrès

Cependant, ils partagent l’idée des parlementaires de donner plus de souplesse à l’engagement des coopérateurs afin qu’ils ne sentent pas verrouillés lorsqu’ils sont en désaccord avec leur coop. Et également l’idée que les administrateurs soient davantage présents dans les décisions prises au niveau des filiales, dont le poids dans l’activité de la coopérative peut devenir un terrain conflictuel à l’image de l’affaire Tereos.

Mais ils restent perplexes face à une mission parlementaire qui, selon eux, encourage « la tendance à l’agrandissement des coopératives puisque celle-ci lui apparaît comme seule possibilité de gagner en compétitivité ». Or, « cette tendance est-elle compatible avec une gouvernance équilibrée ? », s’interrogent-ils.

Quoi qu’il en soit, Alessandra Kirsch et Xavier Hollandts concluent leur analyse sur la nécessité d’engager une dynamique de progrès de la gouvernance afin d’éviter « des décisions peu pertinentes qui impacteront négativement les agriculteurs ».

Hélène Laurandel