Le développement des légumineuses… Ce serpent de mer s’il en est ! Un vaste chantier qui s’enlise depuis des décennies. Le nouveau plan protéines, unanimement salué, va-t-il être enfin le déclic pour booster ces plantes fixatrices d’azote atmosphérique et riches en protéines ? À savoir, pour être précis, le soja, les protéagineux (pois, féverole, lupin), les légumes secs (lentilles, pois chiches, haricots, petits pois, pois cassés, fèves) et les légumineuses fourragères (luzerne, trèfle, sainfoin, lotier, vesce). Si les précédents plans n’ont pas produit les effets escomptés, celui-ci paraît très ambitieux (+ 40 % de surfaces de légumineuses d’ici 2023 afin de « créer la dynamique », + 100 % d’ici 2030), et vise à « faire gagner dix points de souveraineté alimentaire », aujourd’hui autour de 50 % hors prairies. Par cet effort de 100 M€ sur 2021 et 2022, les pouvoirs publics reconnaissent réellement que ces pépites représentent l’une des solutions à la transition agricole et alimentaire. L’enjeu majeur est maintenant de les replacer au cœur de l’alimentation et des systèmes de culture, au lieu de les importer massivement : 60 à 70 % des légumes secs le sont, comme 40 % des matières riches en protéines destinées à la consommation animale (tourteaux, protéagineux, drèches), voire 95 % pour la seule Bretagne.

« Pour l’amour de Dieu… »

« Quand on importe du soja qui est fait à marche forcée sur de la forêt détruite au Brésil, nous ne sommes pas cohérents avec nous-mêmes », avait martelé le président Macron. Ce qui lui avait valu une réplique cinglante et ironique de son homologue Bolsonaro : « Pour l’amour de Dieu, Monsieur Macron, n’achetez pas de soja brésilien ; comme cela, vous ne déforestez pas l’Amazonie. Achetez du soja en France. »

Certes… Reste que démocratiser ces cultures sur le territoire national représente aujourd’hui un immense défi, dans lequel tous les agriculteurs ne sont pas prêts à plonger. En témoigne notre enquête ci-dessous. La hausse des cours des céréales et des oléagineux, comme la baisse des aides couplées aux légumineuses, avec toujours si peu de solutions techniques, ne sont sans doute pas étrangères à cette contre-performance. Les agriculteurs restent pragmatiques. Beaucoup d’entre eux reconnaissent l’intérêt indéniable des légumineuses d’un point de vue agronomique. Mais techniquement, c’est loin d’être évident, et économiquement ça ne passe pas souvent. Même dans des territoires historiquement propices.

Pourtant, les OS ne déméritent pas. Ils n’ont d’ailleurs pas attendu le plan protéines, même s’ils espèrent tout de même capitaliser dessus, sans voir non plus vraiment venir de choses concrètes à ce stade. Tous espèrent pouvoir sécuriser le rendement et le revenu par la structuration des marchés, le développement de solutions agronomiques et la création variétale pour rendre ces cultures rentables et attractives. Le mouvement est d’ailleurs bien amorcé en luzerne ou en soja. Sachant que la dynamique réelle en cours du côté de l’alimentation humaine peut cette fois-ci faire la différence.

Les protéines végétales, que l’on trouve notamment dans les légumineuses, ont le vent en poupe depuis quelques années avec l’avènement du bien manger et bénéficient d’une image toujours plus positive, selon le baromètre bisannuel du GEPV (Groupe d’étude et de promotion des protéines végétales). En 2020, la majorité des consommateurs français pensent qu’elles sont bonnes pour la santé (92 %) et l’environnement (84 %), et elles sont perçues pour la première fois de meilleure qualité que les protéines animales. Les industriels comme les start-up ne s’y sont pas trompés et le marché national est en effervescence (+ 10 % par an), les innovations foisonnent, avec des légumineuses à graines qui se déclinent dorénavant en snacks, chips, yaourts, barres énergétiques, pâtes à tartiner, etc., et même un concentré de luzerne comme compléments alimentaires. Et l’essentiel reste sans doute à découvrir. Alors cette fois-ci, c’est la bonne ?

Alexis Deligné, TC chez Pasquier Vgt’al, et Charles Moreau, agriculteur à La Chapelle-Bâton (Deux-Sèvres), échangent dans une parcelle de lupin. , Jean-Michel Nossant © Jean-Michel Nossant