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Dossier Faites le plein d’énergies renouvelables

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Face au changement climatique, l’évolution du mix énergétique français est une nécessité. Le secteur agricole a toutes les cartes en main pour contribuer significativement à cette transition énergétique qui s’avère étroitement liée à la transition agricole attendue. Les coopératives, notamment, et leurs adhérents sont aujourd’hui activement impliqués dans cette production d’énergie.

Enjeu majeur soulevé par le changement climatique et les objectifs de neutralité carbone, la transition énergétique est au cœur des préoccupations nationales. Ces dernières semaines, la question énergétique est d’autant plus sur le devant de la scène que la flambée des prix touchant l’ensemble des énergies devient un enjeu politique à l’approche des élections.

Mais alors, où en est la France en matière d’énergies renouvelables (EnR) ? En 2020, les énergies renouvelables ont représenté 19,1 % de la consommation finale brute d’énergie en France (voir l’infographie p. 21), selon le ministère de la Transition écologique, en hausse de 1,9 point sur un an. Cette part se révèle toutefois en deçà de l’objectif de 23 % fixé pour 2020 par la directive 2009/28/CE du Parlement européen. La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), outil de pilotage de la politique énergétique établie en 2016 à la suite de l’accord de Paris et révisée en 2019, projette que 33 % de l’énergie totale consommée soit d’origine renouvelable en 2028. Elle inscrit également la France dans un objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050 et donne le cap pour toutes les filières énergétiques qui constitueront de manière complémentaire le mix énergétique français de demain. Concrètement, la capacité des énergies renouvelables électriques installées devra atteindre 73,5 GW en 2023, soit + 50 % par rapport à 2017, et 101 à 113 GW en 2028, soit deux fois plus qu’en 2017.

Le 10 février 2022, le président de la République, Emmanuel Macron, était en visite à Belfort pour parler du nucléaire. S’il a fait la part belle à cette énergie tant décriée et renforcé la stratégie la concernant, Emmanuel Macron souhaite également « développer massivement le renouvelable ». « C’est le seul moyen de répondre à nos besoins immédiats en énergie, a-t-il déclaré. Il nous faut accroître notre capacité à produire du renouvelable en étant conscient que ça reste une source d’énergie intermittente. » Emmanuel Macron a aussi reconnu le retard de la France sur les objectifs qu’elle s’était fixés et souhaité un allégement des procédures administratives pour réduire le temps de développement des projets.

Le président a ainsi fixé de nouveaux objectifs pour 2050, avec notamment un renforcement de l’éolien en mer afin d’atteindre 40 GW et un doublement de la capacité installée en éolien terrestre. Il a particulièrement mis l’accent sur le solaire photovoltaïque, « l’énergie la moins chère et qui s’intègre le plus facilement dans le paysage ». « D’ici 2050, nous multiplierons par plus de dix la puissance installée pour dépasser 100 GW, en veillant à un juste équilibre entre les installations en toiture et celles au sol », a-t-il détaillé. Justement, en 2021, la puissance du parc solaire s’est élevée à 13 067 MW, avec un niveau de raccordement trois fois supérieur à celui de 2020 avec 2 687 MW, et un niveau record de 761 MW raccordés au troisième trimestre.

20 % des EnR issues de l’agriculture

« Ces annonces reflètent aussi une autre vérité : d’ici 2035, les énergies renouvelables seront la seule solution disponible pour répondre à la hausse de la demande d’électricité. Et ceci doit se traduire très concrètement par un objectif intermédiaire en 2030 afin de nous placer sur la bonne trajectoire, a réagi Jean-Louis Bal, président du Ser, Syndicat des énergies renouvelables. Nous souhaitons ainsi que la loi de programmation énergétique, qui sera adoptée dès l’année prochaine, inscrive un objectif de 41 % d’énergies renouvelables dans notre consommation d’énergie d’ici la fin de la décennie. » En 2021, les énergies renouvelables ont couvert 25 % de la consommation d’électricité de la France métropolitaine. Ce même jour, le 10 fé­vrier, le Ser a d’ailleurs adressé aux candidats à l’élection présidentielle dix propositions pour massifier et accélérer le développement des énergies renouvelables. Ces mesures transversales se déclinent en 50 mesures sectorielles adaptées aux douze filières renouvelables françaises.

Le monde agricole à un rôle indéniable à jouer dans cette transition énergétique et l’atteinte de ces objectifs nationaux. Selon une étude de l’Ademe parue en 2018, le secteur agricole, avec au minimum 50 000 exploitations agricoles impliquées, représentait en 2015 déjà 20 % de la production d’énergies renouvelables avec 396 GWh, soit 3,5 % de la production nationale d’énergie. Le secteur agricole, principalement les exploitations de grandes cultures, assurait alors 96 % de la production nationale de biocarburants, 83 % pour l’éolien, 26 % du biogaz, 13 % du solaire photo­voltaïque et 8 % pour la biomasse chaleur.

Deux transitions complémentaires

Et cette transition énergétique se révèle à bien des égards compatible avec la transition agricole en cours, en apportant notamment une nouvelle source de revenu aux exploitations qui doivent pouvoir investir. « Au départ, quand on s’est lancé dans les énergies renouvelables, c’était surtout pour apporter des débouchés supplémentaires à nos adhérents », témoigne Grégory Baczynski, directeur des opérations chez EMC2.

Toujours selon l’étude de l’Ademe, la contribution du secteur agricole à la production d’énergies renouvelables a représenté un chiffre d’affaires de près de 1,4 Md€ en 2015, soit 2 % du chiffre d’affaires de l’agriculture française, avec 1 Md€ issu des biocarburants, 109 M€ pour le photovoltaïque, 88 M€ pour la méthanisation, 85 M€ pour la biomasse chaleur et enfin 34 M€ pour la mise à disposition de surfaces pour l’éolien. « Ces chiffres, encore limités au regard du potentiel de l’ensemble du secteur agricole, génèrent néanmoins un impact significatif pour les agriculteurs engagés dans ces projets : le développement des EnR contribue à diversifier leur revenu, pour des montants pouvant aller de quelques milliers d’euros de réduction de leur facture énergétique à plus de 15 000 € de revenus complémentaires, commentait alors le ministère de la Transition écologique. Ces chiffres sont à mettre en perspective avec le revenu agricole moyen en 2015, évalué à 25 400 € pour l’ensemble des filières. »

Des projets de territoire ambitieux

La production d’énergies renouvelables se fait ainsi petit à petit sa place au cœur des stratégies des entreprises agricoles, et notamment des coopératives. Ces projets d’envergure s’inscrivent en effet pleinement dans les valeurs coopératives, par la création de nouvelles filières et ainsi de nouveaux débouchés pour leurs adhérents, tout en étant de véritables projets de territoire dont les finalités vont bien au-delà de l’activité agricole. Et pour avancer, toutes les parties prenantes l’ont bien compris, l’association fait la force. De vraies synergies entre le monde de l’énergie et celui de l’agriculture se mettent en effet en place ou sont consolidées. « On est en train de créer une division agricole afin d’apporter des réponses énergétiques adaptées aux différentes agricultures et aux différents territoires en termes d’offres et de solutions. La priorité ira toujours à la production agricole », explique Nicolas Ferras, responsable du pôle agricole chez TotalEnergies Renouvelables.

Ce dossier a pour vocation de mettre en avant l’implication des coopératives et de leurs adhérents dans la transition énergétique, et ainsi la complémentarité qui peut exister entre cette production d’énergie et la production agricole. La méthanisation, les biocarburants et le solaire photovoltaïque sont les trois énergies renouvelables abordées dans notre dossier, car au cœur de projets ambitieux portés par les coopératives, les agriculteurs et leurs partenaires.

La production d’énergies renouvelables s’intègre aujourd’hui à l’écosystème agricole en s’imposant de plus en plus comme une production à part entière et une source de revenu complémentaire., Claudius Thiriet © Claudius Thiriet
« Créer et partager la valeur ajoutée »
Virginie Charrier, responsable énergie et environnement à La Coopération agricole,

« Pour les coopératives, présentes sur l’ensemble de la chaîne agroalimentaire, de la production agricole jusqu’à la transformation industrielle, le sujet de la production d’énergies renouvelables soulève plusieurs enjeux. Il y a tout d’abord une problématique autour de la consommation d’énergie et de la décarbonation attendue du secteur de l’industrie ainsi que du secteur agricole, ce qui amène à une réflexion sur l’électrification du mix énergétique. Produire de l’énergie pour l’autoconsommer permet également de réduire les coûts et d’éviter de subir les fluctuations de prix que l’on connaît en ce moment.

Ensuite, les politiques et réglementations actuelles engendrent une forte sollicitation du monde agricole, et notamment des coopératives et des agriculteurs pour le développement des énergies renouvelables. On a la surface nécessaire pour produire l’énergie attendue, mais il faut qu’on réussisse à la valoriser. Toutefois, d’autres acteurs s’emparent du sujet, que ce soit pour l’agrivoltaïsme, la méthanisation ou les agrocarburants. Coopératives et agriculteurs sont en effet parfois sollicités par d’autres acteurs qui souhaitent, par exemple, louer des surfaces agricoles ou acheter de la biomasse pour produire eux-mêmes de l’énergie sans toutefois partager équitablement la valeur ajoutée créée. Notre objectif, c’est vraiment de réussir à créer et partager cette valeur ajoutée tout au long de la filière agricole.

L’un des gros points de vigilance réside dans l’acceptabilité de ces projets, en particulier en ce qui concerne la méthanisation. Il y a un fort besoin de communication en amont et il est donc nécessaire d’intégrer le plus tôt possible dans les discussions l’ensemble des parties prenantes pour prendre en compte les besoins et demandes qui peuvent arriver de l’extérieur. Le levier gouvernemental et réglementaire est également primordial dans ces projets. Aujourd’hui, certaines réglementations n’aident pas forcément au développement des bioénergies. »

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