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Dossier Diversifications tous azimuts

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Diversifications tous azimuts
Y. BOLOH

Afin de proposer de nouvelles rotations en grandes cultures et en maraîchage, et des diversifications en productions pérennes, les coopératives d’Occitanie et Nouvelle Aquitaine créent des filières innovantes. En Poitou-Charentes, la tendance est la même, avec des investissements en amont et en aval.

Les opportunités de diversification se sont multipliées ces derniers mois, à commencer chez Euralis (Pyrénées-Atlantiques) qui, dans le cadre de sa nouvelle organisation autour du conseil apporté à ses adhérents, cherche des productions innovantes à valeur ajoutée. Le groupe a ainsi signé, en mai 2021, une convention de partenariat avec la coopérative landaise Scaap Kiwifruits de France, premier producteur de kiwi de l’Hexagone, afin que 100 à 150 producteurs se lancent dans la culture de cette liane et en exploitent 200 ha d’ici à 2024. « La demande en kiwi est en forte hausse en France, explique Cédric Brana, responsable du développement de la filière kiwi chez Euralis. L’objectif est de renforcer la rentabilité des exploitations familiales de nos adhérents et d’accroître les volumes de la Scaap. » Euralis parie également sur le sorgho, bon précédent aux cultures d’hiver et de printemps, facile à inclure dans une rotation, qui permet d’économiser 50 % d’eau par rapport au maïs irrigué, 25 % d’intrants face aux céréales et oléagineux, et nécessite très peu de séchage. « S’il est cultivé sur de bonnes terres et reçoit un ou deux tours d’eau l’été, le sorgho grain peut produire jusqu’à 13 t/ha », précise Frédéric Guedj, en charge du sorgho chez Lidea, filiale semences d’Euralis. Dans le groupe, le nombre de producteurs de sorgho a augmenté de 43 % en 2019-2020, pour atteindre 247 exploitations, tandis que Lidea a vu ses ventes augmenter de 60 % deux années de suite.

Du soja à la coriandre

De leur côté, Maïsadour (Landes) et Vivadour (Gers) ont créé la SAS Graine d’alliance pour porter une nouvelle filière soja 100 % Sud-Ouest et non OGM. Ils ont investi 4 M€ à parts égales dans la création d’une usine de trituration à Saint-Sever (Landes), qui ouvrira d’ici fin juin 2022. Gérée par Sud-Ouest Aliment, filiale des deux coopératives et de Val de Gascogne, celle-ci transformera 30 000 t de graines par an et produira suffisamment de tourteau local et durable pour couvrir la totalité des besoins des usines d’aliment de l’entreprise. « Grâce à ce nouveau site, qui devrait réaliser 15 M€ de CA d’ici à 2024, nous ne serons plus dépendants des importations de soja non OGM », se félicite Jean-Marc Gassiot-Bitalis, président de Vivadour. Les deux groupes coopératifs poursuivent aussi leurs travaux de recherche, par l’intermédiaire de leur filiale R&D Ovalie Innovation, dont le projet SObioTech vient d’être retenu dans le cadre du plan France Relance Relocaliser. L’entreprise souhaite créer un atelier de production d’ingrédients à forte valeur ajoutée, destinés aux industriels des filières agroalimentaires, pharmaceutiques, cosmétiques et de la nutrition. Les premières productions concernent des dérivés d’insectes (farine protéinée et huile) pour les marchés de la nutrition animale et humaine, les coproduits d’élevage d’insectes pour l’agriculture, et l’huile de coriandre pour la cosmétique et la nutraceutique.

Chez Terre Atlantique, l’objectif est aussi de « développer les filières », met en avant Christian Cordonnier, à la tête de la coopérative basée à Saint-Jean-d’Angély (Charente-Maritime). Outre les productions classiques type lin et pois, elle travaille sur l’angélique, pour faire de l’huile essentielle. Deux parcelles de 50 ares ont été plantées à l’automne. « On travaille avec un indus­triel et l’Agence de l’eau », ajoute Christian Cordonnier. Un autre projet vise à mettre en lien agriculteurs et apiculteurs, pour sécuriser l’alimentation des abeilles avec des cultures mellifères. Terre Atlantique a aussi investi 5 M€ sur trois ans dans la modernisation de sa station de semences d’Aigrefeuille-d’Aunis (Charente-Maritime), avec une nouvelle ligne de réception, stockage, précalibrage et triage. « On a amélioré le process, en particulier nos débits, notamment sur les hybrides », commente le directeur général.

Conforter les alliances avec les IAA

Les coopératives du Sud-Ouest mettent également l’accent sur les productions de légumes. Tout d’abord en confortant leurs alliances avec les grands industriels. Euralis a mis en place des outils RSE qui permettent à General Mills, son partenaire depuis 40 ans, de communiquer sur une production de maïs doux respectueuse de l’environnement. Cette stratégie vise à renforcer la compétitivité et l’image de sa marque Géant vert. Avec Bonduelle, c’est un engagement à mieux rémunérer ses producteurs de haricots verts et pois garden qu’Euralis a signé en février 2021. Ils sont ainsi une centaine à bénéficier désormais d’un prix qui tient compte de l’évolution des charges de culture.

De son côté, Arterris (Aude), qui a repris plusieurs entreprises spécialisées en fruits et légumes dans le Sud-Est (Silvacane, JMO Prim), souhaite relocaliser, dans cette région, la production de carottes destinée au marché du frais, car la demande venant de Provence est croissante et la production traditionnelle du nord de la France diminue. La coop est partenaire du groupement de producteurs Kultive qui valorise sous sa marque, en circuit court, la carotte cultivée en plein champ. Elle vient aussi de racheter 100 % des parts de la PME familiale Massa­ferro, à La Crau (Var), qui produit et vend chaque année 35 000 t de pommes de terre. Ces deux productions nouvelles pour les adhérents traditionnels d’Arterris, généralement plutôt céréaliers ou éleveurs, leur permettent d’envisager de nouvelles rotations et une diversification intéressante. Enfin, Arterris développe les filières légumes secs. Avec Ciacam, à Vitrolles (Bouches-du-Rhône), le groupe a créé Vegedry pour fabriquer des farines. Et sa filiale Semences de Provence vient de lancer le concept Im’Pulse Seeds pour la sélection de nouvelles variétés de pois chiches, lentilles et haricots secs.

Plus au nord, en Charente, le maître mot chez Océalia est également diversification, avec de nombreuses acquisitions. Sur l’exercice 2020-2021, le groupe a réalisé 810 M€ de chiffre d’affaires (780 M€ l’an passé), avec un EBE de 34 M€ et un résultat net de 12,4 M€. « L’exercice a été extrêmement actif malgré la pandémie », analyse Thierry Lafaye, directeur général. Si le CA consolidé provient à 70 % de la coopérative et 30 % des filiales, l’EBE est issu à 60 % des filiales (contre la moitié sur l’exercice 2019-2020), montrant les bénéfices générés par ces activités. « Toutes les filiales ont réalisé une performance supérieure aux prévisions », ajoute le dirigeant. Le groupe a poursuivi son développement au cours de l’exercice. En juillet 2020, il a acquis le fonds de commerce Humal, spécialisé dans le décorticage et le floconnage de céréales. En août 2020 c’était au tour de Martin Bois, acteur d’une filière locale bois-énergie. Les deux entreprises charentaises ont été acquises via la filiale d’Océalia Dure­paire, pour consolider son activité dans le domaine de la bioéconomie. En mars 2021, la biscuiterie Fort Boyard a rejoint le groupe, pour renforcer l’activité des Caves Jules Gautret, qui distribuent les vins et spiritueux produits par des adhérents. Avec une gamme de produits régionaux plus large, elles s’appelleront désormais Les Gourmandises Jules Gautret. La biscuiterie sera approvisionnée avec des blés Océalia. Côté élevage, en avril 2021, la coopérative a acquis 75 % du capital du Lély Center de Granzay-Gript près de Niort (un franchisé du groupe néerlandais Lély), entreprise spécialisée dans la robotique en production laitière. Enfin, en juillet 2021, Océalia a racheté à Gamm vert Synergie (InVivo Retail) cinq Gamm vert en Gironde, portant son réseau à 69 magasins, pour 65 M€ de CA. « Pour installer progressivement une agriculture durable et économiquement performante, il faut innover en amont mais aussi créer de la valeur et investir en aval. La diversification est un moyen pour mieux accompagner nos adhérents dans la transition agricole et alimentaire », explique Thierry Lafaye.

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Terre Atlantique a investi 5 M€ sur trois ans pour moderniser sa station de semences d’Aigrefeuille-d’Aunis, en Charente-Maritime.,
Maïsadour et Vivadour ont créé la SAS Graine d’alliance pour porter une nouvelle filière soja 100 % Sud-Ouest et non OGM., Y. BOLOH © Y. BOLOH
Le Naca dans les starting-blocks de la RSE

« Le Naca a beaucoup avancé sur la certification RSE, on est fin prêt », se félicite Patricia Ranouil, à la tête du réseau de négociants Centre Atlantique. Le Naca vise la norme Iso 26 000. « C’est une certification de système de conseil et d’accompagnement des entreprises », ajoute la directrice. L’audit devrait avoir lieu courant décembre. L’objectif, c’est d’être « crédible pour accompagner les négoces sur ce type de démarche », explique Patricia Ranouil. La directrice du réseau va prendre sa retraite en 2022, elle sera remplacée par Simon Aimar, directeur de la coopérative agricole de Saint-Pierre-de-Juillers (Charente-Maritime) depuis septembre 2020. Trois négoces ont rejoint récemment le Naca. Agri Alternative, dans l’Eure-et-Loir, a changé de siège social, et passe de Négoce Nord-Est au Naca. Villemont ayant repris le négoce creusois Cluzet, après le départ en retraite de ses dirigeants, il rejoint aussi le réseau, de même que Palissier en Charente-Maritime, racheté par Isidore. M. C.

Les circuits courts s’envolent
Arterris, © Arterris

La tendance au retour à un approvisionnement plus local des consommateurs et au développement des circuits courts ne fléchit pas. Tous les points de vente alimentaires des coopératives en ont bénéficié. Porté par cet élan, Maïsadour renforce son offre en lançant un réseau de magasins franchisés « L’Amour du Terroir ». Il s’agit de boutiques de 50 m2, installées dans des villes de plus de 20 000 habitants, composées d’un coin épicerie en libre-service qui propose des produits du Sud-Ouest (foie gras, terrine, rillettes) vendus sous la marque « Fiers de nos terres », d’une rôtisserie de volailles du Sud-Ouest, voire bio, produites par les adhérents de la coop, et d’un espace restauration de 14 à 20 couverts. Six établissements devraient ouvrir d’ici fin 2022 et 20 sont planifiés pour 2024.

Arterris, qui diversifie ses produits vendus en direct avec la marque De vous à nous (riz, pâtes, légumes secs), transforme pour sa part ses neuf boutiques Larroque et Fermiers occitans en MO Marché occitan (photo). Ce nouveau concept offre une palette beaucoup plus large de 500 références en libre-service, dont 300 produits frais. Dix autres points de vente devraient être ouverts, en propre ou en franchise, d’ici cinq ans.

Des hauts et des bas en filières viande
Euralis et Maïsadour envisagent un rapprochement de leurs activités foie gras.L. Pascal, © L. Pascal

Après avoir repris en 2020, l’abattoir de Rodez (Aveyron) et l’outil commercial Ruthènes Viandes, à la suite de la liquidation d’Arcadie Sud-Ouest, Unicor a lancé en octobre 2021 une marque de viande éthique, L’Engagement paysan, pour valoriser ses races bovines rustiques aubrac, limousine et salers. Les animaux sont élevés en conduite extensive et durable, en pâturage et en estive dans le Massif central six mois par an au minimum, et sont correctement payés aux producteurs. Afin de pouvoir toucher la grande distribution, le groupe aveyronnais investira 14 M€ dans des outils de fabrication de produits élaborés.

En filière ovine, Unicor a pris des participations dans les SARL Trinqué (Haute-Garonne) et Roche (Alpes-de-Haute-Provence) afin de sécuriser ses approvisionnements en agneaux, soit 45 000 animaux supplémentaires qui seront engraissés, chaque année, par ses adhérents. Quant à la coopérative Capel (Lot), elle est la première à piloter un projet de relance, celui de la filière ovine du Quercy et de son agneau fermier label rouge, retenu dans le cadre du plan France Relance. Une enveloppe de 101 000 € sur deux ans lui a été attribuée par l’État. L’objectif pour le groupe est d’installer une quinzaine d’ateliers en trois ans, soit 4 500 brebis supplémentaires, pour alimenter l’abattoir Bigard de Gramat.

Dans la filière porc, MVVH (Maïsadour, Vivadour, Val de Sèvres holding), pôle gastronomie des trois coopératives, a cédé ses charcuteries Chevallier-Delpeyrat et Salaisons Pyrénéennes au groupe coopératif Fipso (Filière porcine du Sud-Ouest), implanté dans les Pyrénées-Atlantiques, soit cinq ateliers qui ont réalisé un CA de 52 M€ en 2020. Fipso commercialise les produits sous marques de distributeurs ou régionale Salaisons Pyrénéennes, tandis que MVVH poursuit la vente de jambons de Bayonne Delpeyrat, griffe qui reste sa propriété. Enfin, côté volailles, après des périodes économiquement difficiles liées aux épisodes d’épizootie aviaire et à la crise Covid, Euralis et Maïsadour préparent un rapprochement de leurs activités foie gras, de l’amont (élevage et gavage) à l’aval (outils de transformation), qui seront gérées par une filiale commune. Dans le même panier, les deux groupes ajouteront leurs secteurs saurisserie et boutiques de vente directe. Le ministre de l’Agriculture ayant placé l’Hexagone, début novembre, en risque « élevé » face à une possible 4e vague d’influenza aviaire, Michel Prugue, président de Maïsadour, a appelé tous les éleveurs de volailles et de palmipèdes à respecter les obligations de mise à l’abri des animaux, durant la période migratoire. « Nous ne survivrons pas à une quatrième crise », a-t-il déclaré.

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