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McCain s’investit dans l’agriculture de régénération

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Maxence Turbant, directeur agriculture France et Belgique chez McCain qui vient de lancer le programme « Planet Friendly Food », explique : « Sur le volet agricole, la France a été choisie comme pays pilote. » © Blandine Cailliez

Soucieux de préserver la fertilité des sols et de lutter contre le réchauffement climatique, McCain, l’industriel de la transformation de pommes de terre, a choisi d’accompagner ses producteurs dans des pratiques plus durables.

Le groupe canadien McCain, leader mondial de la frite surgelée, a lancé le 16 septembre un programme européen de développement durable « Planet Friendly Food ». « Ce programme très ambitieux repose sur trois engagements majeurs, explique Maxence Turbant, directeur agricole pour la France et la Belgique chez McCain. Le premier concerne les agriculteurs. Il s’agit de mettre en œuvre des pratiques d’agriculture de régénération sur 100 % des exploitations livrant des pommes de terre dans nos usines, d’ici à 2030. Nous nous sommes aussi fixé comme objectif, d’ici à 2030, de réduire de 50 % nos émissions de CO2 dans nos usines, et de passer à de l’électricité 100 % renouvelable. Et sur le volet agricole, la France a été choisie comme pays pilote. »

Réduire les émissions de CO2

« Les dirigeants de McCain ont constaté que 95 % de nos productions de pommes de terre à l’échelle de la planète étaient impactées par le changement climatique, avec des périodes de sécheresse, de gel ou de fortes pluies, indique-t-il. Ils ont décidé de mettre tout ce qui était possible sur le plan industriel comme agricole, pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre et lutter contre le réchauffement du climat. » C’est ce qui a amené le groupe industriel, sur le plan agricole, à opter pour l’agriculture de régénération. « Nous entendons par là, agriculture de conservation des sols, mais aussi diminution de la consommation d’eau, réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires, et amélioration de la biodiversité, précise Maxence Turbant. Le socle commun avec l’agriculture de conservation est de chercher à rendre le sol plus résilient. L’implantation de couverts végétaux en interculture restitue de la matière organique au sol, et plus le sol est riche en matière organique, mieux il stockera l’eau. Il sera aussi plus résistant à l’érosion. Le couvert végétal est également un puits à carbone. »

Huit fermes pilotes

En France, l’industriel entend sensibiliser progressivement les producteurs à la démarche. Il en a discuté avec le Gappi, le groupement des producteurs livrant McCain, et a décidé de s’appuyer sur huit fermes pilotes, dont quatre sont déjà en fonctionnement dans les Hauts-de-France. Les quatre autres le seront très prochainement. « Jean-Paul Dallene, dans le Pas-de-Calais, par exemple, fait partie des quatre agriculteurs qui ont accepté d’être ferme pilote, poursuit le directeur agriculture. En plus de la mise en place de couverts d’interculture multi-espèces, il teste depuis cinq ans, sur son exploitation, la préparation de sol et le prébuttage des pommes de terre à l’automne. » C’est pour lui une piste qui mérite d’être regardée de près. Ces huit fermes pilotes seront le lieu de rencontres et d’animation pour échanger avec d’autres producteurs et leur faire découvrir l’agriculture de régénération. McCain est aussi en train de constituer, d’ici à la fin 2022, un réseau de 160 fermes satellites avec, là encore, des agriculteurs qui se feront le relais de nouvelles pratiques auprès de leurs voisins. L’objectif est de sensibiliser les agriculteurs en mobilisant de proche en proche des producteurs sur l’ensemble de sa zone de production.

L’ensemble de l’exploitation

« Nous ne partons pas seuls dans la démarche, car l’agriculture de régénération ne concerne pas seulement la culture de la pomme de terre, mais l’ensemble de l’exploitation », poursuit-il. McCain est membre depuis trois ans de l’association Eco’Phyt qui travaille sur ces différents sujets. Lancée par le Groupe Carré, elle compte aujourd’hui parmi ses membres des agriculteurs, bien sûr, mais aussi quinze autres négociants en céréales et partenaires des filières agricoles et agroalimentaires. « Parmi nos producteurs, certains sont également adhérents de la coopérative Unéal qui s’investit aussi dans l’agriculture de conservation au travers de GIEE », précise Maxence Turbant. La coopérative des Hauts-de-France travaille également avec l’organisme de R & D Agro-Transfert, notamment sur le tassement des sols.

L’industriel va aussi s’appuyer sur l’ONG Earthworm pour l’aider à déployer le projet auprès de l’ensemble de ses producteurs. « Nous travaillons surtout sur les autres cultures de l’assolement que les pommes de terre, précise Nathalie Libbrecht, de l’antenne de Lille de l’ONG. Notre rôle va être d’accompagner les agriculteurs et de coconstruire les itinéraires techniques avec eux. » Afin de les encourager à s’intéresser à de nouvelles pratiques, le groupe industriel a décidé d’accorder, à partir de cette année, une prime de 3 €/t aux producteurs exclusifs McCain pour leurs pommes de terre industrie, qui s’engagent sur trois points : mettre en place des couverts d’interculture d’au moins trois espèces, utiliser l’outil d’aide à la décision Mileos contre le mildiou et employer un système de gestion de l’irrigation, ou pour les non-irrigants, semer des jachères fleuries.

À l’échelle internationale, en plus de son engagement dans l’initiative « Sols vivants » d’Earthworm, McCain s’est associé à des projets comme One Planet Business for Biodiversity, OP2B.

En chiffres

6 usines en Europe, dont 3 en France, à Harnes et Béthune dans le Pas-de-Calais, et à Matougues dans la Marne, 2 aux Pays-Bas, et 1 en Pologne.

850 agriculteurs producteurs sous contrat en France

18 000 ha de pommes de terre en France

250 M€ de chiffre d’affaires France

« Il est important d’associer toutes les filières »
Philippe Touchais, directeur Innovation et développement du Groupe Carré, Blandine CAILLIEZ © Blandine CAILLIEZ

« Les changements de pratiques concernent l’ensemble de l’exploitation, c’est pourquoi lorsque l’association Eco-Phyt’ s’est mise en place en 2018, il a paru important d’y associer toutes les filières. Concrètement, chacune d’elles dispose de ses représentants avec qui nous réfléchissons en comité de projet sur les orientations, et en comité technique sur les pistes à explorer et les expérimentations à mettre en place. En pommes de terre, McCain, acteur majeur sur notre territoire, est membre d’Eco-Phyt’, tout comme de nombreux agriculteurs qui produisent des pommes de terre sous contrat avec ses usines. Depuis trois ans, nous avons travaillé avec ses équipes, mais aussi Vitalis et Staphyt, sur la réduction des IFT pommes de terre, en particulier en fongicides antimildiou. Nous réfléchissons à d’autres sujets comme l’irrigation. Nous veillons aussi à ce qu’une décision prise, par exemple pour la constitution de puits à carbone, ne soit pas trop pénalisante pour les agriculteurs. Notre objectif est d’être efficaces et cohérents dans les dispositifs de suivi, tout en restant pratiques. »

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