Imprimer Envoyer par mail

Le Bon diagnostic carbone sur la ligne de départ

réservé aux abonnés

Le Bon diagnostic carbone sur la ligne de départ
Levée de plantules de blé tendre dans une parcelle conduite en conservation des sols. SEBASTIEN CHAMPION

Depuis mai dernier, le Bon diagnostic carbone est opérationnel et accessible à l’ensemble des agriculteurs installés depuis moins de cinq ans.

Mis en place dans le cadre du plan France Relance et annoncé en décembre 2020, le Bon diagnostic carbone permet aux agriculteurs installés depuis moins de cinq ans de bénéficier d’un diagnostic carbone de leur exploitation et d’un accompagnement dans la construction d’une stratégie carbone adaptée, créatrice de valeur environnementale mais également économique, et de son suivi. « Face à l’accélération des effets du changement climatique, la mobilisation de jeunes générations est déterminante. Le Bon diagnostic carbone permet à chaque jeune agriculteur installé d’activer les différents leviers dont il dispose, pour améliorer son impact et identifier les actions les plus efficaces pour y parvenir », affirmait Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, dans un communiqué du 30 avril, date de l’ouverture du dispositif aux agriculteurs. Et de poursuivre : « Cette mesure vient renforcer le rôle des agriculteurs en tant que porteurs de solutions pour capter plus de carbone dans les sols. »

L’Ademe, qui a été conventionnée pour piloter et gérer ce dispositif, a dans un premier temps lancé un appel à projets au début de l’année 2021 afin de sélectionner les structures en mesure de réaliser les diagnostics et les suivis des exploitations. En avril, 218 structures porteuses de projet ont ainsi été agréées, comprenant des projets multipartenaires, avec notamment le réseau Cerfrance et un gros consortium réunissant l’APCA, La Coopération agricole et France conseil élevage, ainsi que 38 porteurs de projets individuels incluant des distributeurs, en grande majorité des coopératives. « Tout le territoire français est concerné et la plupart des productions sont représentées », explique Léa Jenin, chef de projet Bon diagnostic carbone à l’Ademe.

Ce dispositif, qui a une durée de mise en œuvre de deux ans, est doté d’un budget de 10 M€. « On est sur un objectif de 4 246 diagnostics engagés en 2021, c’est déjà un objectif très élevé en un temps court, avec des outils plus ou moins matures et qui demandent un temps de formation. C’est un vrai défi pour l’ensemble des porteurs de projet, l’Ademe et le ministère de l’Agriculture », analyse Léa Jenin. Au total, 8,1 M€ seront engagés en 2021 pour réaliser ces diagnostics. « L’idée, c’est qu’il reste ce qu’on appelle un dispositif incitatif, c’est-à-dire une enveloppe complémentaire autour de 1,8 M€ qui pourra être mobilisée pour ceux dont on a redimensionné le nombre initial de diagnostics », ajoute-t-elle. Au départ, un seuil minimal de 30 diagnostics a été fixé par structure. « Les Bons diagnostics carbone ont été victimes de leur succès, témoigne Grégoire Valet, chargé de projet carbone chez Soufflet Agriculture. On visait une trentaine de diagnostics, mais le nombre de dossiers par organismes a dû être réduit. Aujourd’hui, on est sûr d’en faire une quinzaine, mais on espère pouvoir en faire plus. » Ces diagnostics sont financés à 90 % par le plan France Relance, les 10 % restants étant à la charge de l’agriculteur, soit environ 200-250 €.

Si certaines structures ont déjà lancé les premiers diagnostics, bon nombre d’entre elles, notamment celles concernées par les grandes cultures, devraient débuter les diagnostics aux alentours de septembre, période où devrait être également totalement opérationnel Carbon extract, l’outil de diagnostic développé par Agrosolutions afin d’accompagner la méthodologie grandes cultures du label bas carbone. « On n’impose pas d’outil, mais on a imposé des critères, notamment en lien avec le référentiel Gestim + développé par les instituts techniques agricoles », signale Léa Jenin.

Un accompagnement personnalisé

« Nos équipes terrain vont aller sur les exploitations intéressées et réaliser un bilan complet de leurs émissions, ainsi que du stockage du carbone avec Carbon extract, détaille Grégoire Valet. À partir de ce bilan, l’objectif sera de dégager des pistes d’amélioration adaptées à l’exploitation. C’est vraiment un accompagnement personnalisé, on ne peut pas demander la même chose à toutes les exploitations qui n’ont pas la même typologie, le même type de sol ou contexte pédoclimatique. Une fois ce plan de progrès validé par l’agriculteur, il y aura un suivi sur cinq ans avec un bilan chaque année pour suivre les évolutions et réaliser des ajustements si nécessaires. »

« Le but est d’avoir une logique d’aller-retour avec un accompagnement agronomique par thématique, l’idée étant de ne pas forcément se limiter à l’approche carbone, ajoute Damien Derelle, responsable agrodéveloppement chez Seine Yonne. Cet accompagnement agronomique thématique, on va le centraliser sur la gestion de la matière organique et la question globale de la fertilité des sols qui, selon moi, prime. Le carbone est en effet une des facettes de cette problématique. L’approche fertilité des sols est un dénominateur commun entre tous les types d’agricultures, qu’on soit en conventionnel, en bio ou encore en agriculture régénératrice. »

Pour Léa Jenin et l’Ademe, le Bon diagnostic carbone a une portée plus large que l’aspect évaluation des gaz à effet de serre et du stockage du carbone. « C’est une méthodologie plus complète, il y a une partie analyse de la vulnérabilité du plan d’action au changement climatique, en matière notamment d’opportunités, de risques et menaces. »

Une phase d’apprentissage

Tous s’accordent pour dire que le Bon diagnostic carbone n’est qu’une première étape vers un élargissement des projets autour du carbone, et notamment du marché du carbone. « On est encore dans une phrase de défrichage. D’une part, la validation de la méthodologie grandes cultures du label bas carbone n’est toujours pas là et, d’autre part, le marché du carbone n’est pas mature », souligne Joël Lorgeoux, directeur développement innovation agronomique à la Scael. « Le diagnostic carbone met les jeunes agriculteurs dans une logique d’amélioration car, derrière, il y a des projets structurants qui peuvent être montés, notamment avec les projets label bas carbone, commente Damien Derelle. Avant tout, ce que nous voulons actuellement, c’est vérifier le potentiel de départ afin d'évaluer le potentiel de génération de crédits carbone sur du tangible pour éviter de prendre des engagements qui ne soient pas tenables. C’est comme ça qu’on accompagnera au mieux nos adhérents. »

Contenu réservé aux abonnés Agrodistribution
pour vous connecter et poursuivre la lecture
8%

Vous avez parcouru 8% de l'article

Poursuivez la lecture de cet article
en profitant de 2 mois de découverte à Agrodistribution
(Offre sans engagement, réservée aux personnes non abonnées)
  • > Accédez à tous les articles
  • > Profitez de notre progressive web app
  • > Recevez les 4 newsletters
  • > Recevez 1 numéros chez vous
J'en profite !
Tout le territoire français est concerné et la plupart des productions sont représentées., SÉBASTIEN CHAMPION © SÉBASTIEN CHAMPION
Repères

Un budget de 10 M€, dont 8,1 M€ engagés en 2021, pour le dispositif Bon diagnostic carbone lancé dans le cadre du plan France Relance.

Un objectif de 4 246 diagnostics engagés en 2021.

218 opérateurs agréés par l’Ademe pour la réalisation des diagnostics et l’accompagnement des exploitations.

Un dispositif financé à 90 % par le plan France Relance, les 10 % restants étant à la charge de l’agriculteur, soit environ 200-250 €.

« Sensibiliser à d’autres rémunérations »
Joël Lorgeoux, directeur développement innovation agronomique à la ScaelWilliam Dupuy/Scael, © William Dupuy/Scael

« L’objectif de la coopérative, c’est avant tout d’aller chercher de la valeur ajoutée pour nos agriculteurs. Avec le Bon diagnostic carbone, on est dans un esprit de sensibiliser les jeunes agriculteurs à des sources de rémunérations autres que les productions en elles-mêmes et de les accompagner dans les leviers à mettre en place pour passer d’une exploitation émettrice de carbone à une exploitation qui en séquestre.

À partir de ces diagnostics, c’est à nous de mettre en place des actions d’accompagnement, notamment autour des couverts végétaux, de la matière organique ou encore de l’activité biologique du sol, qui sont des problématiques majeures autour du sujet du carbone. Notre mission est donc avant tout agronomique. Et ensuite, notre deuxième mission, si effectivement on identifie des exploitations capables de capter des tonnes de carbone, c’est de les accompagner sur des projets de mise en marché de ce carbone. Ça, c’est la phase valorisation de la tonne de carbone séquestrée. Cependant, tout ce marché-là reste à créer et à stabiliser, on est encore sur l’ébauche d’un process qui va prendre peut-être deux à trois ans pour se structurer correctement.

Enfin, le troisième accompagnement que l’on aura à faire, ça sera peut-être de trouver des débouchés originaux ou spécifiques qui pourraient porter une forme de label bas carbone, et là on ne valoriserait pas les tonnes de carbone, mais les productions elles-mêmes. »

Imprimer Envoyer par mail



"