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Dossier Le solaire sous le feu des projecteurs

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Parc de centrales solaires photovoltaïques de la Colle des Mées, dans les Alpes-de-Haute-Provence. © Photononstop

Si la production d’électricité photovoltaïque n’est pas un sujet nouveau, l’agrivoltaïsme, lui, émerge et doit se structurer.

Alors que la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) fixe l’objectif ambitieux de 20,1 GW de panneaux photovoltaïques installés en 2023, et 35,1 à 44 GW en 2028, la puissance totale photovoltaïque atteignait seulement 13,2 GW à fin décembre 2021. Toutefois, la puissance raccordée cette année-là a été de près de 2,7 GW, soit trois fois supérieure à l’année précédente, un record. D’ailleurs, au troisième trimestre 2021, le photovoltaïque a représenté 5,1 % de la consommation brute d’électricité, là encore un record.

En parallèle, des installations photovoltaïques classiques, avec en tête les panneaux installés sur les toitures, de nouveaux modèles combinant production agricole et production énergétique, se font aujourd’hui leur place au soleil. C’est ce que l’on appelle l’agrivoltaïsme.

Une synergie à démontrer

Si le secteur reste dans l’attente d’une définition plus claire et précise de cet agri­voltaïsme, l’Ademe a déjà apporté quelques éléments de réponse en mettant en avant une synergie nécessaire et démontrable entre une production photovoltaïque secondaire et une production agricole principale. « Un projet agrivoltaïque, c’est aussi l’occasion pour un agriculteur de repenser sa stratégie d’exploitation et son modèle, et le complément de revenu généré lui permet d’investir dans de nouvelles choses », ajoute pour sa part Camille Thomas, consultante agri­énergies chez Agrosolutions.

Depuis plusieurs années déjà, des start-up développent des technologies s’inscrivant dans cette nouvelle dynamique, entre panneaux photovoltaïques dynamiques, ombrières ou encore panneaux verticaux. Peu à peu, les géants de l’énergie, comme TotalEnergies ou Engie, se sont emparés du sujet en s’associant notamment avec ces entreprises et en créant de nouvelles passerelles avec le monde agricole. « Notre approche n’est pas technologique, nous sommes plutôt un assembleur de solutions, explique Nicolas Ferras, responsable du pôle agricole chez TotalEnergies. La transition énergétique doit être au service de la transition agricole et les solutions proposées doivent être adaptées aux besoins de l’agriculteur et de son exploitation, c’est pourquoi derrière, il y a un vrai travail de co-construction avec les parties prenantes. » TotalEnergies a ainsi installé son premier démonstrateur agrivoltaïque en Côte-d’Or en 2021, projet mené en collaboration avec Dijon céréales (lire p. 34), un deuxième devant voir le jour prochainement dans l’Essonne. Engie Green, filiale énergies renouvelables d’Engie, s’est pour sa part associé à l’Inrae pour la construction d’un démonstrateur agrivoltaïque reposant également sur des panneaux solaires bifaciaux verticaux, mais dans un contexte de pâturage dans le Puy-de-Dôme. Ces premières installations ont pour objectif commun d’étudier la synergie entre les deux productions et de créer de premières références.

Un cadre national qui reste à définir

Toutefois, face à un engouement grandissant, l’agrivoltaïsme est à ce jour dépourvu de véritable cadre réglementaire. Si des doctrines ou des chartes ont pu déjà être définies localement, les acteurs du secteur regrettent l’absence d’harmonie et de cadre national. « Mais ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de cadre que l’on ne se met pas de contraintes, tempère Nicolas Ferras. Il y a un vrai intérêt à cadrer certaines choses à l’échelle nationale, comme la question du partage de la valeur, toutefois il faut des déclinaisons locales, chaque territoire étant différent et ayant ses propres enjeux. »

Les lignes commencent cependant à bouger. Le 4 janvier 2022, les sénateurs ont adopté une première résolution pour faciliter le déploiement de l’agrivoltaïsme en levant les freins législatifs et réglementaires. Cette résolution vise notamment à ce que les projets d’agrivoltaïsme puissent bénéficier de financements obtenus dans le cadre de la Pac, inscrire une définition officielle de l’agrivoltaïsme au sein du code de l’énergie ou encore qu’un cadre réglementaire soit défini. À cette occasion, le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, présent lors des débats, a évoqué les grandes lignes que devrait suivre la tant attendue doctrine nationale, avec comme premier principe l’indispensable synergie entre la production agricole et la production d’électricité. « Celle-ci doit rendre un service à celle-là et ne pas s’y substituer. » Le droit d’urbanisme entourant ces projets sera également un point à préciser. « À quelques mois d’une élection présidentielle où les enjeux agricoles et énergétiques animeront les débats, le Sénat envoie un message fort en faveur de l’agrivoltaïsme », a réagi Antoine Nogier, président de l’association France Agrivoltaïsme dont La Coopération agricole est récemment devenue membre. « En y adhérant, notre objectif est de pouvoir travailler avec l’ensemble des parties prenantes pour produire des énergies sans nuire à la production agricole, tout en garantissant également un partage équitable de la valeur ajoutée créée », détaille Virginie Charrier, responsable environnement et énergie à La Coopération agricole.

Un premier label

Au même moment, l’Afnor a lancé un premier label « Projet agrivoltaïque » pour la certification des projets favorisant la production agricole tout en améliorant la performance de la parcelle et de l’exploitation. « En parallèle du cahier des charges des appels d’offres de la CRE (Commission de régulation de l’énergie), l’objectif de ce label est donc d’établir un cadre qualitatif et transparent afin de mettre en lumière les projets agrivoltaïques vertueux pour l’exploitation agricole, favoriser leur développement et structurer la filière émergente », présente l’Afnor. « C’est une très bonne chose, ce label apporte des éléments de réflexions aux porteurs de projets agrivoltaïques. Toutefois, il faut bien faire la différence entre un label, qui s’applique à une typologie de projets définie, et une norme », souligne Camille Thomas.

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« Il est souhaitable d’avoir un cadre homogène »
Camille Thomas, consultante manager agriénergies chez Agrosolutions,

« L’agrivoltaïsme, très dynamique depuis un an, est un sujet émergent encore dépourvu de cadre réglementaire et de jurisprudence.

En tant que cabinet de conseil, dès qu’on accompagne un porteur de projet, on essaie de se raccrocher à une doctrine ou charte qui aurait pu paraître à l’échelle du département ou de la région. Bien que des structures telles que les chambres d’agriculture ou la DDT s’emparent de plus en plus du sujet, il est souhaitable d’avoir un cadre homogène pour guider les projets et les agriculteurs, car l’agrivoltaïsme représente une réelle opportunité pour le monde agricole. En effet, nous croyons en l’avenir de ce système qui permet notamment à l’agriculteur de diversifier ses revenus et éventuellement de protéger ses cultures contre le changement climatique selon les systèmes mis en place. Tout le monde attend avec impatience la publication de l’Ademe qui devrait définir précisément l’agrivoltaïsme et ouvrir la voie à la création d’un cadre national. Il est nécessaire de renforcer la connaissance des modèles et leurs cobénéfices afin de convaincre la profession du bien-fondé de ces innovations. »

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