Sans surprise, la morte-saison ne semble pas avoir électrisé les foules. 52 % des agriculteurs seulement, selon notre enquête Agrodistribution-ADquation, disent avoir acheté des engrais azotés à cette période, généralement entre mai et juillet, en baisse par rapport à l’année dernière (57 %), qui n’était déjà pas une grande année. Dans le détail, ils sont néanmoins 66 % à l’avoir fait pour les exploitations dont la SAU est supérieure à 150 ha, 62 % dans le Nord-Est, et 59 % pour celles travaillant principalement avec une coopérative.

Surtout, alors qu’environ un quart des agriculteurs déclarent ne jamais acheter d’engrais azotés en morte-saison, ils sont 22 % à en avoir acheté moins qu’une campagne classique et 24 % à ne pas en avoir acheté du tout alors qu’ils en achètent généralement (35 % pour ceux travaillant principalement avec un négoce). Ces proportions sont bien plus élevées que lors de notre sondage effectué à la même époque l’an dernier, respectivement 13 et 16 %.

Un transfert de l’ammonitrate vers l’urée

« Le retard des achats est de l’ordre de 20 % à ce jour », confirme Thierry Corlay, directeur marché nutrition des plantes chez Impaact, signalant en outre une situation particulièrement tendue en ammonitrate avec des transferts vers des produits d’importation comme l’urée.

« Le niveau d’engagement plus faible que d’habitude n’est pas étonnant, analyse de son côté André Thissen, consultant chez Exaico. Il y a chez les agriculteurs un effet de sidération face aux prix et un manque de trésorerie, peut-être aussi chez les distributeurs qui, pour certains, n’ont visiblement pas trop poussé à la roue. »

Un coût de production du blé à 240 €/t en 2023

« Dans quelle mesure les agriculteurs vont-ils être vraiment acheteurs ? », s’interroge Thierry Corlay. « On a tous les ingrédients pour que les prix continuent à monter, qu’il y ait des difficultés d’approvisionnement et que la situation se tende encore plus au fur et à mesure de la campagne », ajoute André Thissen. Déjà, la flambée du gaz contraint bon nombre d’industriels européens à arrêter ou réduire la production d’ammoniac, ce qui restreint la production d’engrais.

Selon Agritel, le coût moyen de production du blé tendre en France (aides déduites) est déjà passé de 160 €/t en 2021 à 200 €/t en 2022. « On peut s’attendre au moins à 240 €/t en 2023 », projette Nathan Cordier, chef analyste chez Agritel. L’effet ciseau est proche dans une campagne 2022-2023 à haut risque.

Renaud Fourreaux
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