1Un courant d’affaires dynamique

Les ventes et expéditions françaises de blé se montrent particulièrement actives en ce début de campagne vers l’Afrique du Nord et subsaharienne, le Yémen, et surtout l’Égypte. Le Caire poursuit sa politique de consolidation des réserves stratégiques en blé comme en huile, et a d’ailleurs obtenu une aide de la Banque mondiale de 500 M$, qui a contribué à l’ouverture par le Gasc de trois importants appels d’offres coup sur coup fin juin, début et fin juillet. Bien présente à ce moment-là, aidée par des stocks de reports confortables (3,3 Mt, + 44 %), la France a pu décrocher 890 000 t (sur 1,91 Mt).

Matérialisant un consensus des opérateurs autour d’une poursuite de cette dynamique, FranceAgriMer chiffre en première lecture une hausse importante des exports français de blé vers pays tiers pour la campagne 2022-2023 (+ 17 % à 10,3 Mt, dont 1,5 Mt déjà réalisées à mi-août). Cela participerait à la contraction de 30 % des stocks de fin de campagne par rapport à fin juin 2022. Ces prévisions sont actuellement suspendues aux incertitudes liées à la réalité de la demande en provenance de la Chine (devenue en 2021-2022 l’acheteur n° 1 du blé français) et au niveau d’exécution du blé russe.

2La mer Noire au ralenti

D’habitude plus encline à damer le pion à la France en début de campagne, la zone mer Noire tourne au ralenti. En effet, malgré une récolte russe de blé record, à plus de 88 Mt, l’appréciation conséquente du rouble, qui a largement regagné le terrain perdu depuis le début du conflit, la taxe flottante à l’exportation, ainsi que les sanctions internationales entravent la présence de Moscou à l’export.

Du côté de l’Ukraine, on s’attend à une baisse des exportations de 40 % a minima (par rapport à la moyenne quinquennale). Malgré le départ de 25 navires (au 18 août) depuis l’ouverture du corridor maritime fin juillet, le rythme est toujours très inférieur à celui de l’an dernier. Ce qu’avait anticipé Marc Zribi, chef de l’unité grains et sucre de FranceAgriMer, mi-juillet : « Le retour de l’Ukraine sur les marchés mondiaux se fera assez lentement. »

3Les autres compétiteurs en recul

Ailleurs sur la planète, il n’y a pas grand monde pour prendre le relais. L’Argentine a commercialisé l’essentiel de sa récolte, l’Inde a interdit les exportations, et l’Australie et les États-Unis restent pénalisés par le prix du fret qui se maintient à des niveaux assez hauts, même s’il a eu tendance à baisser depuis fin 2021 en raison d’une moindre demande chinoise en minerai.

4L’euro à parité avec le dollar

Cette compétitivité des céréales françaises est confortée par la parité euro-dollar, qui a été atteinte à la mi-juillet (puis le 22 août), ce qui n’était pas arrivé depuis vingt ans. L’effritement de l’euro face au dollar depuis plusieurs mois s’explique par la persistance du conflit ukrainien, qui fait craindre un ralentissement de la croissance en Europe, voire une récession en cas d’arrêt complet des livraisons de gaz russe. Par ailleurs, la Réserve fédérale américaine a adopté une posture offensive face à l’inflation galopante, en relevant les taux d’intérêt de manière plus rapide et efficace que la Banque centrale européenne. Ainsi, une tonne de blé rendu Rouen à 325 €/t peut être vendue mécaniquement à 325 $/t sur les marchés dont les transactions sont cotées en dollars, au lieu de 390 $/t lorsque la parité était à 1,2 (comme il y a un an). Soit un gain de compétitivité de 65 $/t. En revanche, cette situation renchérit le coût des importations (pétrole, gaz, engrais…) de la même manière, et donc des charges pour les agriculteurs. À voir si les avantages d’un euro faible l’emportent sur les inconvénients…